À l'occasion de la présentation des travaux du projet Philanthropy in Europe, deux expertes du secteur, Lucie Pfliger, économiste et doctorante à Paris 1, et Delphine Moralis, directrice de Philea, ont dressé un état des lieux de la philanthropie en Europe et de ses perspectives d'évolution. Les échanges étaient animés par Arthur Gautier, qui a guidé la discussion autour des principaux enseignements de cette étude d'envergure.
Fruit de plusieurs mois de travail et accessible gratuitement en ligne, l'étude vise à cartographier les ressources philanthropiques européennes grâce à une méthodologie commune permettant de comparer les différents pays. Cette harmonisation constitue l'une des principales avancées du projet, dans un domaine où les données demeurent souvent fragmentées.
Selon les résultats présentés par Lucie Pfliger, la générosité en France représentait 9,2 milliards d'euros en 2022. Ce chiffre, qui ne prend en compte que les flux traçables, reste toutefois sous-estimé. La comparaison avec les autres pays européens met en évidence des écarts importants, notamment avec l'Allemagne, dont le niveau de générosité dépasse largement celui de la France. L'étude souligne également les limites actuelles de la mesure philanthropique : il demeure difficile de distinguer précisément la part des dons provenant des particuliers, des entreprises ou d'autres acteurs au sein des flux recensés.
Au-delà des chiffres, Delphine Moralis a insisté sur les transformations à l'œuvre dans le secteur. Alors que six Européens sur dix déclarent soutenir une cause en 2025, les fondations occupent une place croissante dans un écosystème fondé sur la collaboration et les synergies entre acteurs. Si la majorité d'entre elles n'ont pas de vocation politique affirmée, elles évoluent néanmoins dans un contexte géopolitique et sociétal en constante mutation.
Les défis qui se dessinent pour les années à venir sont nombreux : intelligence artificielle, changement climatique, migrations, renforcement des démocraties ou encore cohésion sociale. Autant de sujets qui devraient mobiliser une part croissante des ressources philanthropiques et conduire les fondations à adapter leurs modes d'action.
Cette étude offre ainsi une photographie inédite de la philanthropie européenne et met en lumière le rôle structurant que les fondations sont appelées à jouer face aux grands enjeux du XXIe siècle.
Nous remercions chaleureusement Arthur Gautier pour l'animation de cette rencontre, ainsi que Lucie Pfliger et Delphine Moralis pour la qualité de leurs interventions et le partage de leurs analyses, qui ont permis d'éclairer les enjeux actuels et futurs de la philanthropie en Europe.
Vous pouvez retrouver ici les slides de Lucie Pfliger, et ici celles de Delphine Moralis.
Le 26 mars 2026, la chaire Innovation Sociale de l’ESSEC a organisé un nouveau webinaire Lunch & Learn consacré à un sujet central pour les acteurs de l’impact : la complexité des collaborations intersectorielles. L’événement, animé dans un format interactif, invitait les participants à échanger autour des conditions de réussite des coopérations entre organisations issues de mondes différents — entreprises, associations, institutions académiques ou acteurs publics.
Après un mot d’accueil de Félicie Goyet, coordinatrice pédagogique de la chaire Innovation Sociale, Anne-Claire Pache, professeure titulaire de la Chaire, a introduit le thème et assuré la facilitation de la rencontre. Deux intervenantes ont ensuite partagé leurs expériences et regards croisés : Anne-Laure Fayard, professeure à la NOVA Business School au Portugal, et Tonya Gayle, directrice exécutive de Green City Force aux États-Unis.
Au cœur des échanges : la nécessité de mieux comprendre les tensions, les différences de langage, de culture organisationnelle et d’objectifs qui peuvent émerger lorsque des acteurs de secteurs distincts travaillent ensemble. Ces collaborations sont souvent riches et porteuses d’innovation sociale, mais elles demandent aussi du temps, de la confiance, de la clarté dans les rôles et une capacité à composer avec la complexité.
Ce Lunch & Learn a ainsi offert un espace de réflexion précieux pour mieux appréhender les défis concrets des partenariats à impact, tout en rappelant leur potentiel lorsqu’ils sont construits dans une logique d’écoute, d’apprentissage mutuel et d’engagement commun.